Si les conditions politiques générales évoluent favorablement, l’homme et ses gènes du pouvoir et de la propriété n’a pas changé. Naturellement méfiant, suspicieux à l’égard de son voisin, il protège sa famille et ses biens depuis qu’il est apparu sur terre. De quoi se protège-t-il ?
De tout : des animaux, des intempéries et… des hommes. Comment se protège-t-il ? Il s’abrite dans des caches, des arbres, des trous, des châteaux et… technologie aidant, depuis le XXème siècle, il menace l’ennemi du pire avec une bombe atomique. Il veut protéger son coeur politique, son indépendance économique, ses axes stratégiques d’approvisionnement, son autonomie de décision, ses besoins vitaux…
Tout repose donc sur la dissuasion : si tu m’attaques, tu vas y perdre beaucoup plus que moi ! OK, mais le coût financier annuel de cette dissuasion, c’est-à-dire du maintien technique de cette capacité est élevé pour les gouvernements en quête de nouvelles marges financières au sortir de la crise économique.
Russes et Américains sont engagés dans des négociations sur l’avenir des accords START 1 de réduction de leurs arsenaux nucléaires, qui expirent à la fin de l’année 2009. Mercredi 10 juin, un haut responsable militaire russe, le général Nikolaï Solonov, a jugé que la Russie devrait conserver au moins 1 500 ogives nucléaires à l’issue du nouvel accord de désarmement en négociation. Ce qui laisserait effectivement penser que l’homme n’a pas changé.
Et pourtant, le premier ministre russe, Vladimir Poutine, vient d’estimer que la Russie pourrait très bien se passer de l’arme nucléaire, à condition que ceux qui l’ont inventée et utilisée, c’est-à-dire les Etats-Unis, y renoncent aussi. Dans la foulée, le ministre allemand a appelé la Russie à ne pas rater la chance d’un rapprochement avec les Etats-Unis, notamment à trouver un accord sur le désarmement nucléaire, au moment où le président américain a dit souhaiter un monde sans bombe atomique. Alors, les choses changeraient ?
Ce n’est pas gagné, car tout le monde s’attend ! Sauf que le président américain s’appelle Barack Obama et que cet homme est incroyablement porteur d’espoir. Il semblerait donc qu’il y ait une fenêtre de négociation. Mais hélas, ce n’est pas aussi facile que de mettre une signature au bas d’un accord, car les gènes de l’autoprotection sont toujours là ! Souvenez-vous Molière mettant en scène Harpagon face à son valet : « Montre-moi tes mains, les autres ! ».
Et puis, il n’y a pas que ces deux pays à posséder l’arme ; il y a ceux qui l’ont, ceux qui laissent planer le doute, ceux qui ne le disent pas et ceux qui en rêvent.
Et puis, il y a tout ce trafic d’uranium sur lequel nous disposons de peu d’information, mais pour qui nous avons beaucoup de craintes, car il suffit d’un gouvernement menaçant, faisant fi de tous les accords pour faire tomber toutes les briques de paix et déstabiliser la planète entière, qui n’aura alors de cesse de remettre en place boucliers et armes de représailles pour se protéger.
Le problème est que le monde a ce moyen de destruction massive sur les bras et qu’il bloque notre réflexion et nos progrès. La question du désarmement ne peut donc hélas être réduite à une simple problématique bilatérale russo-américaine ; l’affaire est plus complexe et la solution devra être plus globale. Elle sera politique, technique et de toute façon longue à mettre en place. Il faut rester lucide : le monde va continuer à payer la dissuasion au prix fort.
A la question de savoir si un monde sans bombe atomique est possible, 2M pense que la réponse est oui… tant que personne ne l’a.










