Lit-on de la même manière sur un support de papier et sur un support électronique ? 
Le débat commence à être ancien : on pourrait le faire remonter aux critiques de Socrate à l’encontre de l’écriture à une époque où la transmission du savoir se faisait uniquement de manière orale. Au Moyen-Âge, les moines copistes accusaient l’imprimerie. Elle se pose également en terme de conflit depuis la naissance de l’hypertexte, comme l’évoquait Christian Vandendorpe dans Du Papyrus à l’hypertexte. Un peu comme si deux mondes s’affrontaient : les anciens et les modernes. Ceux pour qui le papier est un support indépassable et ceux pour qui le changement, la bascule de nos connaissances vers l’électronique, à terme, est inévitable.
Quelques questions:
La lecture sur nos ordinateurs a-t-elle les mêmes qualités que nos lectures sur papier ? Notre attention, notre concentration, notre mémorisation sont-elles transformées par le changement de support ? Sommes-nous aussi attentifs quand nous lisons sur écran que quand nous lisions sur du papier ? Les contenus s’adaptant au support, est-ce que le média, par ses caractéristiques propres, altère notre rapport à la connaissance ?
Est-ce que Google nous rend stupide ?
“A chaque fois qu’apparaît un nouveau média, une nouvelle façon de distribuer le savoir et l’information, il se trouve quelqu’un pour crier à l’abêtissement des masses”, attaque Luc Debraine dans Le Temps. Cet été, c’est le toujours critique Nicolas Carr qui a crié au loup. Selon lui, l’internet dénature notre capacité de concentration, expliquait-il dans “Est-ce que Google nous rend stupide ?”, en évoquant le fait qu’il n’arrivait plus à lire plusieurs pages d’un livre avec toute son attention
Bien évidemment cet article a déclenché un tombereau de réactions, dont les plus intéressantes ont été recensées par le magazine The Edge et le blog de l’encyclopédie Britannica. La plupart des commentateurs de Carr semblent d’accord sur un point : l’électronique transforme la manière dont on lit, mais est-ce nécessairement dans le mauvais sens ?
Nos références culturelles changent.
Pour l’inventeur Daniel Hillis, ce n’est pas Google qui nous rend stupide : selon lui, si nous avons besoin de plus d’information, c’est parce que la technologie a détruit l’isolement dans lequel nous affrontions le monde, mais aussi parce que ce monde est devenu plus compliqué et que les ressources pour le décrire ont explosé. “Nous avons besoin d’en savoir plus parce que nous avons à prendre plus de décisions : nous devons choisir notre propre religion, notre propre service de communication, notre propre service de santé.”
Nous avons besoin d’en savoir plus pour être mieux connecté à notre environnement et mieux le comprendre. Notre monde nous demande d’être plus intelligent même si pour cela, il faut sacrifier la “profondeur” de notre connaissance – pour autant que livre donne plus de profondeur à la connaissance que le web, ce que beaucoup avancent mais que nul ne prouve.
Hubert Guillaud










