A partir de quand un comportement relève de la liberté de conscience et à partir de quand  révèle-t-il du radicalisme ? Le fond est que lorsque la religion musulmane est en cause, chacun perd son latin et n’applique plus ses critères de raisonnement habituels.

Que se passe-t-il en France ?

Cinq ans après la loi de mars 2004 sur le voile à l’école, le problème de l’affichage de signes distinctifs religieux particulièrement voyants et attentatoires à la féminité – burqa ou niqab – suscite à nouveau un vif débat qui transcende largement le clivage droite-gauche.
Le président de la République a affirmé son souci « de mettre les réponses dans un contexte général, d’essayer d’expliquer les tendances lourdes, et non pas de réagir à l’émotion du moment ».
- Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, juge envisageable une loi interdisant la burqa ou le niqab, s’il s’avère qu’il est « subi ».
- Le ministre de l’immigration, Eric Besson, estime qu’il faut lutter contre le développement de la burqa, mais il faut le faire par l’éducation, par la pédagogie, par le dialogue
- Fadela Amara s’est prononcée à plusieurs reprises pour l’interdiction des différentes formes de voile musulman couvrant le corps et le visage.
- Enfin, Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, a dit qu’elle n’était pas opposée à une loi « à titre de défense de la laïcité et de la dignité de la femme ».

Partagés entre la défense de la laïcité et de la dignité des femmes et la crainte qu’une interdiction du voile ne stigmatise davantage celles qui le portent ou ne mette en cause la religion musulmane, nombreux sont ceux qui demandent qu’on ne tranche pas à la va-vite cette question. C’est le cas de l’ancien garde des Sceaux Robert Badinter (PS).

Si un consensus semble se dégager sur l’intérêt d’établir la réalité de ce phénomène qui heurte le tissu social et culturel français, notamment pour s’assurer du droit à l’égalité et à la dignité de ces femmes, en revanche des doutes se font jour sur l’opportunité de légiférer sur le port d’un vêtement particulier, arboré sur la voie publique par des femmes majeures.
Mais comment appliquer la loi ? Le législateur sera-t-il à même de vérifier qui porte la burqa de manière forcée et qui la porte par choix?

En Europe, il y a encore peu de restrictions

En Europe, le port du voile intégral est globalement autorisé partout, sauf dans les établissements scolaires ou lors de manifestations où les participants n’ont pas le droit d’être masqués. C’est notamment le cas en Autriche ou en Belgique. Plusieurs communes belges ont en outre interdit le port du voile intégral dans les lieux publics. Aux Pays-Bas, le ministère de l’éducation a annoncé son intention de prohiber ce vêtement à l’université, mais la décision est laissée à chaque établissement. En 2008, le gouvernement s’était déclaré favorable à l’interdiction totale, proposée par le député d’extrême droite Geert Wilders. En Italie, des arrêtés antiburqa, pris par des maires de la Ligue du Nord, ont été rejetés par le Conseil d’Etat. En Allemagne, l’éventualité d’une interdiction dans les écoles est restée sans suite. Ailleurs, comme en Espagne ou en Grèce, le phénomène est marginal et n’a pas encore suscité de débat.

Alors, que faut-il en penser ?

« Ce n’est pas la femme en burqa qui pose problème, c’est l’emprise de groupes sectaires sur les jeunes », estime Bernard Godard, auteur de l’ouvrage Les Musulmans en France (Robert Laffont, 2007). « D’un point de vue sociologique, le salafisme relève bien d’une organisation sectaire, confirme M. Amghar. Ses membres ne reconnaissent pas les valeurs dominantes de la société; ils excommunient les autres formes de l’islam; ils s’appuient sur un leader charismatique porteur d’un savoir religieux et s’en remettent à un système divin. Souvent issus de ghettos sociaux ou économiques, ils vont, avec leur pratique religieuse, au bout de la logique “vous m’excluez, je vous exclus”. » Avant d’être religieux, la burqa est donc un signe sectaire.

Pour Dounia Bouzar, anthropologue et chercheur associé à l’observatoire du fait religieux, ces groupuscules ne s’inscrivent pas dans l’histoire musulmane. Ouvrir un débat pour limiter la liberté religieuse reviendrait à les considérer comme un courant musulman et non pas comme une simple secte. Toute leur stratégie consiste à faire passer leurs discours totalitaires comme s’ils étaient de simples commandements religieux. Selon ces gourous, pour respecter l’islam, la société est censée les accepter. Le positionnement contraire serait une preuve d’islamophobie.

« Ce qui est certain, c’est que la burqa est le signe d’une présence concrète du fondamentalisme sur notre sol » déclare Fadela Amara. C’est pourquoi, le vrai sujet à traiter est celui de l’instrumentalisation politique de l’islam, mais pas celui du port de la burqa.

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