Les chiffres clés du rapport de la cour des comptes :
Déficit 2008 : 3,4% du PIB contre 0,1% en Allemagne
Prévision déficit 2009 : 7% du PIB contre 3,9% en Allemagne
Déficit structurel : 3,5% du PIB contre 1,4% en moyenne dans les pays de la zone euro
Dette publique : 1327 milliards d’euros

Par le passé, il y a eu les emprunts Pinay en 1952 et 1958. Antoine PINAY entendait rompre avec la politique d’investissements publics que ses prédécesseurs menaient depuis 1948 pour entamer une politique d’économies budgétaires, de déflation. Pour favoriser les rentrées de capitaux, il a fait voter une amnistie fiscale et a procédé à l’émission de la  »rente Pinay », indexée sur l’or et bénéficiant d’une exemption fiscale totale (taxe proportionnelle, taxe progressive, surtaxe et surtout droits de succession).
Il y a eu l’emprunt Giscard, indexé sur l’or aussi, donc très favorable aux rentiers, et qui, comme les précédents coûte très cher aux contribuables, parce que l’Etat rembourse beaucoup (il fallait bien être attractif).
Puis, l’emprunt Balladur en 1993, qui s’est aussi révélé extrêmement coûteux pour l’Etat à cause des exonérations fiscales. C’était déjà un emprunt destiné à favoriser l’investissement public, comme le sera l’emprunt Sarkozy.

L’expérience a donc montré par 4 fois que cette option est extrêmement coûteuse ; alors est-ce que le gouvernement est dans une impasse économique et technique, dictée par la gravité et l’urgence, qui justifie le choix de l’emprunt ?

La situation mondiale est évidemment épouvantable et impose une réaction.

Quelles sont les options ?
- stopper les dépenses,
- augmenter les recettes par de la croissance, de l’impôt ou de l’emprunt.

La croissance : si elle était là, nous ne chercherions pas de solutions alternatives.
L’accroissement de la pression fiscale : le gouvernement a dit que c’était une ligne rouge.
Le recours au canal du financement du déficit public : le gouvernement y a déjà eu recours au travers d’obligations pour financer les 1074 milliards de dette de l’état.
Rappelons tout de même que la crise est mondiale et que les besoins en financement sont mondiaux et donc colossaux ; l’idée du gouvernement français est donc logiquement de  s’attacher à diversifier ses sources.

Alors, l’emprunt ?

Pour lutter contre la crise, soutenir les banques, l’automobile, la consommation, le gouvernement a déjà consacré 80 milliards d’euros, financé quasiment totalement par de l’endettement. Pour trouver 70 milliards d’euros de plus, autrement que par l’emprunt, il faudrait tailler dans le vif, c’est-à-dire dans tout ce que le gouvernement ne veut pas toucher.

A part le coût pour l’état, quels sont les principaux risques de cette option ?
- un alourdissement de la dette de l’état et donc, un appauvrissement de l’état avec le risque de se traduire par une baisse des prestations sociales,
- un emballement de la dette et des coûts des intérêts (équivalents à 2000 € par an et par personne ayant un emploi) provoquant une baisse de la crédibilité financière de la France,
- une épargne peut être rognée par l’inflation, sauf si le rendement est indexé sur la hausse des prix,
- les épargnants peuvent être tentés d’épargner plus que de consommer et alors, au revoir la consommation et la croissance,
- laisser croire qu’il y a encore de l’argent dans les caisses et créer un climat propice au relâchement de l’effort.

L’idée qui consiste à justifier le choix de l’emprunt parce qu’il constituera « un référendum populaire de la politique économique du gouvernement » laisse perplexe, car ce n’est pas la réponse à la question : nous cherchons une solution économique, pas un montage politique. La question est bien comment rétablir l’équilibre des finances publiques.

Quelle que soit l’option qui sera choisie, que faudra-t-il faire de toute façon, en parallèle?

- maîtriser la dépense en envisageant même des coupes sombres dans des domaines moins sensibles (comme la Défense)
- augmenter les rentrées financières (prélèvements obligatoires telles que les niches fiscales et sociales, mise en place de la taxe Tobin par exemple, pour ne pas toucher les impôts)

Politiquement, cet emprunt est astucieux, pas pour son efficacité puisque nous avons vu qu’il sera extrêmement coûteux (c’est le premier secrétaire de la cour des comptes Philippe Seguin qui le confirme), mais parce que si les conditions sont avantageuses, il attirera les Français en quête de bonnes affaires en période de crise et concrétisera à leurs yeux une réussite de la politique du gouvernement et ça, c’est positif à l’approche de 2012. Ensuite, ils oublieront les comptes au moins pendant un temps et puis… on n’est pas à l’abri d’une reprise à cet horizon.

Alors, allons-nous doubler le déficit en 2009 ? Probablement.
Pouvions-nous faire autrement ? Probablement ; la politique n’est qu’une succession de choix, comme les 35 heures.

2M s’interroge après le succès des dernières élections : pourquoi, après une présidence française de l’union si positive, si pleine de messages européens où tout le monde pensait que le collectif allait enfin prendre le dessus, pourquoi faire cavalier seul, alors même qu’au  dernier conseil européen, la France s’était prononcée en faveur d’un retour à des finances saines et que tous les pays membres de l’union venaient juste de se mettre d’accord à Bruxelles sur une réduction des déficits.

L’emprunt national traduit un élan vers la croissance… Espérons (au moins) qu’elle sera verte !

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