Le président n’est pas rentré au pays, jeudi 2 juillet, comme il l’avait envisagé.

Le président n’est pas rentré au pays, jeudi 2 juillet, comme il l’avait envisagé.

Le Congrès hondurien a déchu Manuel Zelaya, le président du Honduras, avec l’aval de la Cour suprême et du Tribunal électoral, qui avaient déclaré illégale la « consultation populaire », prévue le 28 juin, sur une réforme constitutionnelle visant à autoriser la réélection du président.
Le président n’est pas rentré au pays, jeudi 2 juillet, comme il l’avait envisagé. Il a préféré attendre la fin de l’ultimatum de soixante-douze heures adressé aux autorités honduriennes, mercredi, par l’Organisation des Etats américains (OEA). Si M. Zelaya n’est pas réintégré dans ses fonctions, l’OEA menace de suspendre le Honduras. Aucun pays membre n’a été exclu depuis 1962, lorsque Cuba a été mis au ban du système interaméricain.

Etat des lieux
Avec ses 7,5 millions d’habitants et un produit intérieur brut (PIB) d’à peine 7 milliards de dollars (5 milliards d’euros), le Honduras est un des pays les plus pauvres de la région. Les remesas, les envois de fonds des émigrés, représentent 25 % de son PIB. Après avoir été une plaque tournante des opérations secrètes des Etats-Unis en Amérique centrale, le Honduras a bénéficié des largesses de M. Chavez.
Roberto Micheletti, le président du Congrès hondurien, a été désigné comme nouveau président de la République, le 28 juin, par un vote unanime des parlementaires. Il appartient au Parti libéral (droite), la formation de M. Zelaya.
Malgré la manière musclée par laquelle le président hondurien a été surpris dans son sommeil et mis dans un avion, M. Micheletti prétend qu’il n’y a pas eu de coup d’Etat, mais une « succession constitutionnelle », sans effusion de sang.

Les réactions internationales
Expulsé au Costa Rica, le président Zelaya en a profité pour se rendre à un sommet centre-américain à Managua (Nicaragua), à l’Assemblée générale des Nations unies et à la réunion de l’OEA à Washington, où il a été reçu au département d’Etat.
La condamnation du coup d’Etat est unanime. Plusieurs pays d’Amérique latine et d’Europe ont rappelé leurs ambassadeurs à Tegucigalpa, la capitale du Honduras, en signe de protestation. L’Assemblée générale de l’ONU a adopté mardi une résolution par consensus condamnant ce qu’elle a qualifié de coup d’Etat et a demandé « le rétablissement immédiat et sans conditions du gouvernement légitime et constitutionnel » du Honduras.
La communauté internationale, unanime, rejette le coup d’état. Mais au Honduras, on ne dit pas coup d’état ou « soft putsch », on dit  « succession constitutionnelle ».

Lors d’une réunion d’un groupe de travail sur l’Amérique latine, les représentants des 27 pays de l’UE ont convenu que leurs diplomates au Honduras devraient « éviter d’avoir des contacts avec le nouveau gouvernement » mis en place après le coup d’état. Il s’agit « d’éviter de faire des gestes qui pourraient donner le sentiment que l’UE reconnaît » le nouveau gouvernement, explique un diplomate européen.

Les autorités de Tegucigalpa semblent maintenant résignées à subir un isolement diplomatique jusqu’aux élections générales du 29 novembre, même si le Honduras dépend de l’aide internationale, européenne et américaine notamment. La Banque mondiale a annoncé geler ses prêts au pays et les Etats-Unis ont dit suspendre leur coopération militaire avec le Honduras. Sur place, pro et anti-Zelaya se disputent la légitimité démocratique et légale.

Vu de l’extérieur, tout semble clair : d’un côté, le président légitime et de l’autre, les putschistes.
Pourtant, les Honduriens sont scandalisés par les réactions de la communauté internationale et le traitement des médias. De nombreux témoignages depuis le Honduras estiment que le projet du président déchu de réécrire la Constitution du pays à son avantage (pour lui permettre de se représenter) justifiait sa destitution.

« Ce n’était pas un vrai coup d’état, mais la restauration de notre démocratie. Respectez la volonté de notre pays ». D’ailleurs, aucun militaire ne siège au nouveau gouvernement, font valoir les partisans du nouveau président. Les défenseurs de M. Zelaya dénoncent pourtant la présence militaire dans le palais présidentiel, et les limitations à la liberté de circuler instaurées avant les manifestations.

Le reproche récurrent envers le président Zelaya est celui d’avoir pactisé avec Hugo Chavez. Une alliance remontant à un an, avec l’entrée dans l’ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques), d’autant plus mal vécue que Manuel Zelaya appartient au Parti libéral (conservateur) et qu’il avait été élu sur un programme bien différent de celui qu’il a ensuite mis en place. « Le Honduras avait élu un président de droite, et une fois au pouvoir il est devenu de gauche et manipulé par Hugo Chavez et Fidel Castro« , reproche une habitante de San Pedro Sula.

En augmentant le salaire minimum, en modifiant son approche de la lutte contre la drogue et en signant l’accord Petrocaribe (échange de pétrole vénézuélien contre des produits agricoles), il s’était éloigné de ses alliés dans son propre parti, mais avait progressivement gagné un certain soutien dans les classes populaires. La branche locale de Via Campesina, une organisation paysanne altermondialiste, a dénoncé le coup d’Etat en estimant que son action avait profité aux couches les plus pauvres et aux paysans honduriens. Des représentants indigènes ont aussi apporté leur soutien au président démis. Pour eux, comme pour la communauté internationale, il reste le président légitime du pays.

L’avis de 2M
Dans le fond, il semble qu’il y a eu tromperie politique des électeurs par un franc et imprévu virage à gauche du gouvernement ; une grande part de la population semble avoir été profondément choquée, au point que l’organisation d’une consultation populaire ouvrant la voie à une possible réélection (scrutin jugé illégal par la Cour suprême) lui devenait insupportable.
Dans la forme, il y a coup d’état, un soft putsch ou une « succession constitutionnelle » comme dit M. Micheletti, mais coup d’état quand même, puisqu’il n’y a pas eu de nouvelles élections. La ligne rouge de la démocratie a été franchie ; pourtant, le Honduras aurait pu atteindre ses objectifs, éviter la condamnation internationale et même obtenir son soutien en respectant un processus démocratique complet. Peut mieux faire !

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