
"Grippe party" : c'était du bidon !
« Viens à ma grippe party. Et tu seras immunisé contre le virus ». C’est le type d’invitations qu’ont reçu plusieurs adolescents britanniques. En Angleterre, des organisateurs de soirée ont en effet inventé un concept pour le moins original, mais surtout très controversé. Des ados se réunissent pour faire la fête, parmi eux, certains sont porteurs du virus A-H1N1. Les autres cherchent à être contaminés dans le but de développer des anticorps et ainsi être immunisés.
Sauf que, « favoriser la diffusion du virus peut poser un souci de santé publique. Plus le virus se répand, plus il accroît sa capacité de muter et donc de devenir plus agressif », explique au JDD.fr Vincent Enouf, responsable adjoint du Centre national de référence de virus de la grippe (CNR), à l’Institut Pasteur.
Ella Thorold, adolescente britannique de 15 ans, a raconté au journal The Independent son expérience, après avoir participé à une « grippe party ». « Tout le monde s’est mis à rire parce que l’idée que l’un de nos amis avait la grippe était assez drôle », a raconté la jeune fille. Lors de cette soirée, un adolescent s’est mis à tousser sur tout le monde. « Si je dois avoir la grippe A, je préfère l’avoir maintenant (…) Visiblement le virus va devenir beaucoup plus dangereux cet hiver », s’est justifiée Ella Thorold. Elle s’est même dite sûre que si elle avait réussi à contracter le virus et faire fermer son établissement scolaire, « elle aurait été l’héroïne de l’école ».
« Arrêt sur images » pointe, une fois de plus, un beau buzz bidon que nos grands journalistes d’investigation ont repris sans recouper quoi que ce soit. Jusqu’au Monde (14 juillet) qui parle des « swine flu parties » ( »fêtes de la grippe porcine ») aux Etats-Unis et des « grippe parties » au Royaume-Uni. Mais le journaliste ne donne aucune source états-unienne ou britannique sur ce phénomène. Ce qui n’empêche pas d’éminents épidémiologistes de donner un point de vue plutôt positif sur l’idée de « grippe party », sur le modèle de ce qui se faisait pour la varicelle avant qu’un vaccin n’arrive.
C’est 20 minutes.fr qui est à l’origine de la rumeur le 3 juillet en titrant : « Booste ton système immunitaire, viens à ma grippe party », citant The Independent comme source.
A la différence de l’article du Monde, celui de 20 Minutes cite un cas précis. Celui d’une collégienne britannique, qu’il rapporte en ces termes : «J’ai été à une « grippe party »», racontait cette semaine Ella Thorold, 15 ans, au site anglais de «The Independent»». (@si) Mais en fait le récit dément le côté intentionnel de cette party.
Quand le 7 juillet, c’est le Journal du dimanche qui titre « Ma première grippe party », The Independent est à nouveau cité, mais Ella de Thorold devient Horder ; le côté non intentionnel est redit : lors de la soirée, un des ados présents a prétendu être atteint de la grippe A et, avec délicatesse, s’est mis à tousser sur les petits camardes, pour leur transmettre le virus. Ce qui n’a pas empêché le journaliste de prétendre que des jeunes british recevaient des invitations style « Viens à ma grippe party. Et tu seras immunisé contre le virus ».
Après l’article du Monde, FR2 a fait un sujet en montrant des pages d’Internet avec des invitations à ces fameuses « grippe parties », sauf que pour l’une, parue dans Facebook, il est précisé que c’était pour faire une blague.
Le Parisien, un peu à la bourre, n’hésite pas à titrer « En Angleterre, c’est la mode des « grippe-partys ». Et là le témoignage ressemble fort à celui de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qu’a vu l’ours, très typique du mode de propagation des légendes urbaines, contre lesquelles le vaccin manque chez nos journalistes.
L’avis de 2M :
Pas de surprise hélas : personne n’est étonné de l’imbécile inventivité de nos chères têtes blondes adolescentes, mais personne n’est vraiment surpris non plus du manque de professionnalisme d’une partie des journalistes.
Messieurs les rédacteurs en chef, ce n’est pourtant pas nouveau : il faut resserrer les boulons et faire le ménage… à moins que ce soit vous, qui sous la pression du bizness, laissiez dériver le métier et qui finalement deviez être recadrés par les lecteurs !











#1 par calamar à juillet 23, 2009
Citation
Serait-ce un effet de mode? Des « jeunes » avaient aussi bidonnés un reportage photographique pour Paris Match qui avait gagné un prix, parlant soi-disant de la prostitution étudiante…afin de montrer que certains journaux pouvaient publier n’importe quoi, sans vérifications.
De quoi se poser des questions, effectivement