A l'heure de l'iftar...

A l'heure de l'iftar...

 

Mais que font les musulmans au coucher du soleil en période de Ramadan ? Savez-vous ce qu’est l’iftar ? C’est le festin qui, chaque soir, rompt le jeûne.

Voilà du vécu qui sent les grillades, les épices, le miel dans une ambiance festive empreinte de religiosité.

Récit .

« L’odeur de friture nous envahit dès le coin de la rue, avant même que l’on ne soit arrivé. Le café Azammour est un petit boui-boui où l’on sert des keftas (des boulettes de viande épicée) et du thé la menthe aux expatriés marocains, et des kebabs aux étudiants qui rentrent chez eux au petit matin. Hassan est assis dehors. Il a l’air encore plus cynique qu’à l’accoutumée. Rien, ni eau, ni nourriture, ni nicotine, n’a touché ses lèvres depuis 15 heures. Il adresse une grimace au soleil qui ne semble pas décidé à se coucher. Aujourd’hui à Bologne, le jeûne peut être rompu à 19 h 43 précises. Quatre minutes plus tôt qu’hier.

Badr m’invite à entrer. Une fois à l’intérieur, une cacophonie d’odeurs accueille mes narines. Une odeur de renfermé se dégage d’une imposante marmite noire sur le feu ; de la viande épicée grésille sur le grill ; des pâtisseries fines brillent derrière la vitre du comptoir. Plusieurs hommes sont avachis sur les tabourets de bar, ils attendent. Le patron, Khalid, apparaît de derrière le comptoir et nous salue d’une poignée de main ferme. On me propose une chaise, et le silence tombe alors que nous attendons que les cinq dernières minutes passent. Un calme tendu tombe alors que nous regardons tous une mouche noire voleter au hasard. Un estomac grogne. Hassan entre dans le café. A sa montre, il est 19 h 43, insiste-t-il.

Farandole de pâtisseries

 Badr va immédiatement au frigo, prend une poignée de bouteilles d’eau fraîche, et les tend aux mains impatientes. Ils boivent tous avec soulagement. Puis, les assiettes remplies de nourriture nous sont proposées. Tout d’abord, des dattes. Je n’avais jamais été fan de dattes, mais soudain, j’apprécie cette texture caoutchouteuse quand leur douceur envahit ma bouche. Hassan, revitalisé et enjoué, s’approche de moi avec un gobelet et y verse le contenu d’un pichet. Le liquide couleur vert menthe est légèrement mousseux. Je trempe mes lèvres avec méfiance. Je me souviendrai toujours de l’instant où j’ai été convertie au milk-shake à l’avocat. C’est délicieux et nourrissant, et il parait que cette boisson a le pouvoir de stimuler la virilité masculine.

Le milk-shake m’aide à accompagner les douceurs relevées qui me sont proposées. Les chabakias, très traditionnelles lors du Ramadan, sont des pâtisseries croustillantes, au miel et aux amandes, parfumées au safran et à la fleur d’oranger, et parsemées de graines de sésame. Des tranches de sfoufs en forme de diamants, un gâteau libanais fait de semoule, de curcuma, et de pignon, font le tour des convives. Ils sont accompagnés de baghrirs, des crêpes de semoule, avec du miel et du beurre fondu.

Soupe et poisson

A présent le salé. Le msamane est un gâteau salé qui a été frit jusqu’à obtenir une pâte dure et luisante. Je croque ma part avec plaisir. Khalid s’approche de moi avec une assiette en plastique dans laquelle repose une tête de poisson frite, son œil croûté me regarde aveuglement. Avec tact, il se détourne à la dernière seconde, tend l’assiette à un autre homme, et s’empresse de me donner un morceau moins intimidant. Je mets le morceau de poisson directement à la bouche et croque les os avec mes molaires. C’est très relevé. On me propose un œuf à la coque.

« Ma mère passe la journée entière à tout préparer. Après manger, on fait une partie de foot. Il y a des fêtes dans les rues tous les soirs »

L’atmosphère est devenue joviale. « Si on était chez ma mère, se souvient Badr, elle te proposerait des plats… » « Du tagine », suggère Khalid depuis la cuisine. « Un énorme tagine, poursuit Badr, et puis quatre sortes de soupes. Des douceurs. Un agneau rôti. Du poisson, pas du poisson comme ce truc là… » Khalid brandit une spatule, mais Badr ne se laisse pas dissuader, « du poisson encore vivant, c’est si frais. Elle passe la journée entière à tout préparer. Et après, on fait tous une partie de foot. Il y a des fêtes dans les rues tous les soirs pendant le Ramadan. »

Le plat qui arrive ensuite est l’apothéose du repas. C’est un bol de harira, l’épaisse soupe traditionnelle qui peut être à l’agneau ou aux légumes, et un plat à part entière. Malgré mon estomac déjà bien rempli, j’avale frénétiquement chaque cuillerée. J’aspire les nouilles et croque les pois chiches avec ma langue. Je mange les derniers morceaux d’agneau restés au fond du bol, et je m’adosse à ma chaise, repue. Nous buvons du thé à la menthe chaud, et sortons tous pour la tant attendue première cigarette de la journée. Par miracle, la rue est sombre, le soleil a disparu. Bientôt, pour mes camarades de repas au moins, le jeûne recommencera. »

Recette de la soupe harira

500 g d’agneau coupé en petits dés
2 branches de céleri
2 oignons
Un bouquet de persil
250 g de coulis de tomates
100 g de lentilles
250 g de pois chiches
30 g de cheveux d’ange
2 œufs, battus avec le jus d’un demi-citron

Sel
1 cuillère à café de curcuma
1 cuillère à café de poivre
1 cuillère à café de cannelle
Une pincée de gingembre
Une noix de beurre

Mettez le beurre, puis l’agneau, le céleri, les oignons, les lentilles, les épices et le persil, dans une grande casserole et faites mijoter pendant cinq minutes à feu doux. Ajoutez les tomates, et laissez cuire encore quinze minutes. Ajoutez du sel et 1,5 litre d’eau. Portez à ébullition, baissez le feu et laissez mijoter deux heures.

Ajoutez ensuite les pois chiches et les cheveux d’ange et laissez cuire pendant cinq minutes. Puis, tout en maintenant la soupe à une température régulière, ajoutez le citron et les œufs au tout et remuez avec une longue cuillère en bois. Continuez à remuer doucement pour épaissir la soupe. Goûter. Répartir dans des bols et saupoudrer de cannelle. La soupe peut être servie avec des rondelles de citron pour assaisonner au goût de chacun.

L’avis de 2M 

Pour avoir participé une fois à l’iftar, à l’invitation d’un ami, voilà de quoi lever le coin du voile sur les traditions de « l’after » qui remet bien les pendules à l’heure.

C’est une forme de délivrance physique de la faim et la soif qui fatiguent hommes et femmes, surtout quand il fait chaud. Il y a un quelque chose qui rappelle l’effort sportif et ses douleurs. Mais c’est aussi, et surtout, la satisfaction d’avoir fait ce qu’il fallait faire pour être conforme à la prescription.

En tout cas, c’est l’heureuse occasion de retrouver familles et amis et… reprendre des forces avant les journées suivantes.

Respecter cette règle du jeûne hors pays musulman, quand la tentation est omniprésente, et que la plus grande partie de ses voisins ne pratique pas, c’est certainement une épreuve encore plus difficile.

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